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Il y a un an, jour pour jour, JokeFM fermait définitivement ses portes, au terme d'une soirée de clôture inoubliable. Michael, responsable d'antenne de l'ex-webradio, revient sur "les années Joke".
WebradioActu : Il y a un an jour pour jour, JokeFM fermait ses portes après une grande histoire et une soirée de clôture inoubliable. Quels sont les moments que tu retiendras de ces 3 années passées sur le web ?
Michael : Trois années de rire, trois années durant lesquelles ont s'est franchement bien marré, ca n'a pas toujours été facile, car nous avons connu l'époque ou il n'y avait pas 200 webradios dans le monde, et où nous n'étions que 4 ou 5 en France.
Joke était la petite soeur de Netradio, elle est née dans son sillage fin août 1999, soit quelques semaines après sa grande soeur. A l'époque, nous diffusions nos programmes exclusivement en RealAudio. On était tous fous quand on avait 10 auditeurs simultanés, c'était miraculeux ! Puis Joke a pris son envol, seule, pour devenir Jokefm.net, alors que Netradio a disparu. Malheureusement, nous n'avons pas conservé grand chose de cette première époque, c'est une erreur de jeunesse de n'avoir pas archivé quelques sons de cette époque là, je le regrette aujourd'hui.
Ensuite tout s'est accéléré, nous avons d'abord pu émettre grâce à Comfm qui hébergeait notre stream, puis on a rencontré d'autres webradios qui s'étaient créées de leur côté , et je crois qu'on a formé une petite communauté. Ces webradios m'ont permis de découvrir Live365 qui était encore gratuit a l'époque, et dont les streams avaient le gros avantage de pouvoir être lus par quasiment tous les logiciels de l'époque.
La plus belle année de JokeFM aura été la dernière, car on a osé plus de trucs : nous avions un réel studio, toute une pièce dans une maison, où nous avons eu des délires fantastiques : il n'était pas rare qu'on reçoive parfois 10 personnes dans cette maison , juste pour faire de la radio . On organisait un grand barbecue au rez de chaussée, et chacun se succédait aux micros à l'étage. On pouvait faire parfois 12h de direct , du soir au matin. Et au petit matin, on partait chercher les croissants pour le petit dej. Ensuite, on a essayé de faire des choses un peu plus sérieuses : on a suivi les eurockéennes de Belfort, le festival des vieilles charrues, on a co-organisé une élection de Miss, on a touché un peu à tout en fait .
WebradioActu : Après la fermeture de JokeFM, est-ce que tu n'as pas eu un manque ?
Michael : Non, parceque la radio fait partie de ma vie depuis plus de 16 ans, et que je n'ai de cessé d'en faire, ici et là. J'ai du être très nostalgique de JokeFM deux ou trois fois dans l'année, mais c'était plutot dans des périodes creuses, les jours de congé ou les dimanches :)
J'avoue que parfois, ce qui m'a manqué, c'est la sensation unique de créer une programmation musicale et de l'écouter le lendemain en direct, par exemple. C'est une sensation unique en radio, de pouvoir entendre pendant des heures un programme qu'on a mis du temps à construire les jours précédents, ca c'est réellement passionnant. Mais je ne suis pas sur que le web soit l'endroit idéal pour faire cela.
WebradioActu : Depuis un an que JokeFM n'existe plus, quel bilan peux-tu faire de ton expérience webradiophonique ?
Michael : Ben je sais pas trop, en fait. Je me suis lancé là dedans presque sur une boutade, et j'ai fini par vraiment m'y coller presque 10h par jour. C'est dangereux, ces trucs là ! On se passionne tellement qu'on risque d'y laisser sa santé ! En fait, j'ai connu vraiment les deux situations extrèmes : j'ai travaillé pour Netradio où j'étais employé et qui bénéficiait d'un budget collossal pour que la boite tourne, et j'ai fait JOKE avec 0F. Et je me suis beaucoup plus amusé avec Joke. Mais aucune des deux n'existe encore aujourd'hui : ça fait réfléchir... Cela prouve tout simplement qu'il n'existe pas de modèle économique viable pour ce genre de radios. Et que même si l'argent n'est pas tout, il y a toujours un moment dans la vie ou on se dit "bon, ok, je me suis bien amusé, c'était chouette, mais si on devenait un peu raisonnable maintenant ? Ne serait il pas temps de bosser un peu sérieusement ?". Vivre à fond un hobby, une passion, pendant trois ans, a un rythme de plusieurs heures par jour, je trouve que dans une vie c'est une bonne moyenne :) Il était grand temps pour moi de passer à autre chose , et je crois que c'était aussi le cas pour d'autres personnes. En revanche, cette expérience m'a permis de mieux aborder internet dans son ensemble, et de davantage exploiter ses ressources : moi et MisterMix avons donc ouvert RadioUtil, un portail dédié aux sites web qui sont liés de près ou de loin au monde de la radio, et on continue nos délires sur CBFPT (C'est Bien Fait Pour Toi) quand on a envie de "lâcher un peu de pression par la soupape" comme on dit .
WebradioActu : Aujourd'hui, JokeFM est-elle totalement entérée, ou a-t-on une chance de la ré-entendre un jour sur le net ?
Michael : C'est fini. Jokefm ne réouvrira jamais C'est terminé, ça fait un an que je le dis, et qu'on me répond "ouais, c'est ca, allez, tu finiras par réouvrir" :) Eh non, c'est fini. Enfin, presque : y'a maintenant un site souvenir depuis quelques jours, http://joke.cbfpt.com, où on peut ré-entendre plein de sons, dont la fameuse soirée de clôture d'il y a un an, des remix inédits et quelques bestofs. Et puis surtout, on attend tous les témoignages de ceux qui ont contribué a l'aventure :)
WebradioActu : On a pu voir, après la fermeture de Joke, un mouvement en direction de Fréquence 3. Adrien, ex-animateur de JokeFM, assure aujourd'hui le 9h-11h de Fréquence 3, idem pour Carla. On a même pu te voir, accompagné de MisterMix dans une émission hebdomadaire sur Fréquence 3, le samedi. Penses-tu que Fréquence 3 soit aujourd'hui la webradio qui ressemble le plus à JokeFM ?
Michael : Bein ... c'est la preuve que JokeFM était une très bonne webradio, et qu'elle a bien formé ses animateurs, puisqu'ils animent ailleurs aujourd'hui et que ça a l'air de se passer plutôt bien :) Ce que je sais en tout cas, et ça me fait hyper plaisir, c'est qu'ils n'hésitent jamais à parler de JokeFM dès qu'ils en ont l'occasion, je crois qu'ils gardent tous un bon souvenir de leur aventure à JokeFM et cela me réjouit.
On a proposé effectivement à F3 de diffuser une de nos émissions à la fin de la saison dernière, en effet, il y a eu trois numéros. On voulait s'amuser, péter un câble, tout en proposant un contenu de qualité. On n'a pas proposé à nouveau cette émission à la rentrée car on manquait de temps, de motivation et d'envie.
Je ne sais pas si Frequence3 ressemble à JokeFM, vous le sous-entendez mais moi je n'en sais rien, je n'ai pas assez écouté F3 pour me rendre compte, j'écoute plutot des radios américaines qui proposent un contenu différent. Si vraiment F3 ressemble à Jokefm, c'est plutot flatteur, ca prouve sans doute qu'on a fait du bon boulot, alors tant mieux.
Mais ces histoires de webradios qui se ressemblent toutes, c'est n'importe quoi : il n'y a pas 36000 facons de faire une radio, ou de diffuser une chanson, ou de faire un jingle, ou de parler dans un micro. La base est la même, ce sont le talent et la créativité qui édulcorent cette base et qui permettent à certains individus de sortir du lot.
WebradioActu : Quel regard portes-tu sur le monde webradiophonique aujourd'hui ?
Michael : J'écoute plutot des webradios américaines, parcequ'elles sont beaucoup plus ciblées. Et encore c'est assez rare car je me rends compte qu'il est difficile de faire en fait la démarche d'écouter une webradio : aller sur le site, trouver le lien adéquat, cliquer, charger le bon logiciel parceque on n'en a pas la dernière version, puis enfin écouter... Je parle du surfeur lambda, là, l'employé de bureau qui veut se détendre en écoutant, pas les gens comme nous qui avons forcément tous ces logiciels parceque on baigne dans le milieu. La démarche me paraît encore assez compliquée aujourd'hui.
Par ailleurs, je me pose maintenant la question suivante : pourquoi quelqu'un irait il écouter une radio sur internet alors que 1/ il existe des radios FM traditionnelles et le bon vieux lecteur de CD et 2/ tout le monde peut aujourd'hui télécharger en peer-to-peer ses chansons préférées, ce qu'on peut regretter mais qui existe... Qu'est ce qui fait la différence pour une webradio ?
A terme, les webradios qui s'en sortiront le mieux seront celles qui proposeront un contenu radicalement différent de ce qu'on peut trouver ET sur les médias traditionnels ET en peer-to-peer. Quand sera venue l'heure de la commercialisation et la vente de pub, ce ne seront pas les webradios qui font le plus d'audience qui gagneront le plus d'argent, mais celles qui auront su se spécialiser dans un créneau bien particulier, une "niche", qui font peut être une audience globale moindre, mais qui dans leur créneau seront incontournables et qui incitera les industriels voulant toucher leur public à prendre de la pub chez eux. Pour moi, la webradio doit continuer à afficher une audience plus confidentielle : écouter une webradio dans sa voiture en allant au boulot, ca n'est pas encore pour tout de suite ! Il faut donc se spécialiser.
Pour cela, j'admire beaucoup la webradio d'Arte par exemple, je trouve leur concept génial. Ou des radios comme Maxxima, ou Puls', qui sont réellement spécialisées.
Alexis Thiebaut (alexis.thiebaut_at_radioactu.com) pour RadioActu
© MédiasActu · 2003 · Reproduction interdite sans autorisation
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